Archives mensuelles : février 2012

L’élimination de François Lehideux des usines Renault, juillet 1940

Pour toute référence à ce texte, merci de préciser : Laurent Dingli, « L’élimination de François Lehideux des usines Renault, juillet 1940 », louisrenault.com, février 2012. Dernière mise à jour 28 février 2012.

Source : documents aimablement communiqués par Madame Barbara Gallant – Archives privées Guillelmon

Présentation des documents

Nous publions aujourd’hui des documents exceptionnels. Il s’agit en effet de deux notes inédites de Louis Renault consacrées aux différends qui l’opposèrent à son neveu par alliance François Lehideux depuis le milieu des années trente jusqu’à leur brouille définitive intervenue au cours de l’été 1940. C’est grâce à l’amabilité et aux recherches dans les papiers de famille de Madame Barbara Gallant, fille de Marcel Guillelmon et petite-fille de Samuel Guillelmon, proches collaborateurs de Louis Renault, que nous pouvons aujourd’hui rendre publiques ces pièces d’une importance capitale. Importantes, elles le sont à plus d’un titre. Tout d’abord, parce qu’elles font définitivement litière de la légende colportée pendant près de soixante ans par François Lehideux, légende suivant laquelle il aurait volontairement quitté les usines Renault suite au désaccord survenu avec son oncle par alliance au sujet de la réparation des chars pour les Allemands et de la mensualisation de la maîtrise (juillet-août 1940). Ces affirmations, étrangement acceptées sans examen par l’extrême majorité de mes confrères, permirent à l’ancien ministre du maréchal Pétain de se forger à bon compte une image de patron social et de « résistant » ; ainsi s’opposait-il au vieil industriel gâteux dont les idées auraient été rétrogrades au plan social et suspectes au plan patriotique. Dans ma biographie, publiée en 2000, j’ai en grande partie démonté cette légende. En m’appuyant essentiellement sur les archives nationales, j’ai en effet prouvé que François Lehideux et ses hommes de foi – Jean Bonnefon-Craponne et Georges Chassagne – avaient lancé une rumeur et inspiré une motion de défiance contre Louis Renault au début de l’occupation allemande ; j’ai montré que François Lehideux était parvenu à convaincre l’ambassadeur Léon Noël et surtout Alexandre Parodi, futur résistant et ministre du général de Gaulle, de la culpabilité de Louis Renault : accusations dont le lecteur peut facilement mesurer les conséquences à l’heure de la Libération du territoire ; j’ai enfin prouvé que, loin de partir de son plein gré, François Lehideux et ses proches collaborateurs avaient été congédiés « brutalement » par Louis Renault au cours de l’été 1940.

Les nouveaux documents que je publie aujourd’hui permettent d’aller plus loin encore. Ils prouvent en effet, non seulement que Louis Renault voulait ôter à François Lehideux la plupart de ses responsabilités dès l’été 1939 – comme je l’avais suggéré il y a douze ans, mais surtout qu’il avait décidé de lui retirer tout poste de direction dès le 22 juillet 1940, soit la veille même de son retour à Paris. Ce n’est donc pas seulement en raison de l’affaire des chars et de la mensualisation de la maîtrise que François Lehideux, son adjoint Bonnefon-Craponne et son secrétaire Armand, furent renvoyés des usines Renault, mais parce que Louis Renault avait tout simplement décidé de se débarrasser de François Lehideux. En dévoilant l’ultime complot de Lehideux, les incidents d’août 1940 ne firent que précipiter et exacerber le conflit entre les deux hommes. Les origines de cette rupture sont clairement expliquées dans les deux notes inédites de Louis Renault extraites des papiers Guillelmon : la première datée du 22 juillet 1940 et la seconde, de juillet 1940, adressée directement à François Lehideux (probablement le même jour), les deux textes étant paraphés BL (Blanche Latour, l’une des secrétaires personnelles de Louis Renault). Le constructeur y met en cause l’incapacité de François Lehideux à assumer les responsabilités croissantes qui lui ont été confiées depuis son entrée à l’usine (1930), son manque d’assiduité, sa désinvolture, les erreurs dans ses choix industriels, les résultats désastreux de sa gestion financière… Les mots de Louis Renault sont sincères, tranchants, sans concession : « A mon point de vue, vous êtes incapable de diriger l’affaire ; vous n’êtes jamais précis ; vos décisions sont lentes et souvent vous n’en prenez pas ». Louis Renault fustige ailleurs l’arrogance et le manque d’humilité du jeune patron de 36 ans (1940) qui se considère depuis quelques années déjà comme le véritable dirigeant de l’entreprise, ne prenant même plus la peine d’informer le fondateur de ses décisions (Louis Renault est alors un homme d’expérience âgé de 63 ans). Toutes les causes de conflits entre l‘oncle et le neveu sont énumérées : la volonté de Louis Renault d’augmenter les prix de vente afin de compenser tant bien que mal l’explosion des prix de revient ; la création de départements autonomes ; la diversification des fabrications ; les oeuvres sociales sur lesquelles, malheureusement, le constructeur ne s’étend guère ; enfin la mission aux Etats-Unis où Louis Renault s’est rendu à contrecœur, croyant être plus utile à Billancourt et imaginant, sans doute à tort, être la victime d’une manœuvre du contrôleur de l’Armement, Charles Rochette… Quoi qu’il en soit, c’est probablement en raison des manigances de François Lehideux – celles-ci étant avérées – que Louis Renault voulut accélérer son retour à Paris au début de l’Occupation allemande. A la lumière de tout ce que nous savons désormais, nous pouvons comprendre son inquiétude, François Lehideux ayant pris l’initiative (avec Pierre Laval) de faire rouvrir les usines de la région parisienne au moment même où Louis Renault se trouvait à l’étranger. Nous montrerons d’ailleurs dans un autre document inédit des papiers Guillelmon que ce n’est pas François Lehideux qui souhaitait retarder le retour de Renault en zone occupée, mais bien René de Peyrecave.

Essayons de résumer l’évolution de ce conflit : Profondément déçu par l’attitude et le travail de François Lehideux, Louis Renault décide dès l’été 1939 de borner les nombreuses responsabilités de son neveu par alliance aux seules questions financières. Contrarié dans ses ambitions, François Lehideux organise sa revanche alors qu’il est mobilisé en Lorraine ; quand il est finalement affecté au ministère de l’Armement à la demande de René de Peyrecave, puis désigné comme contrôleur des usines de son oncle par le ministre Raoul Dautry, il continue de propager des rumeurs suivant lesquelles Louis Renault ne travaillerait pas suffisamment pour la Défense nationale : il prétend en effet avoir reçu aux armées des lettres de collaborateurs mécontents que personne n’a jamais vues et ne verra jamais ; un rapport de police se fait l’écho de ces allégations, précisant comme par hasard, que François Lehideux serait le plus apte à remplacer le patron de Billancourt, accusé (déjà) de ne plus jouir de toutes ses facultés intellectuelles [1].

Le scénario se répète presque à l’identique au début de l’occupation allemande. Louis Renault a décidé d’aller encore plus loin en ôtant à François Lehideux toutes ses fonctions de direction (à l’exception de son siège au conseil d’administration, sans doute par égard pour sa nièce Françoise). Même cause, même effet : la réaction du neveu par alliance ne se fait pas attendre. A peine Louis Renault est-il entré à Paris que François Lehideux fait courir une nouvelle rumeur suivant laquelle le constructeur aurait accepté de réparer des chars pour les Allemands et souhaiterait profiter de l’occupation pour revenir sur certains acquis sociaux. Cette fois, Louis Renault n’est pas dupe et son neveu est définitivement renvoyé de l’usine, ce qui lui permettra de faire carrière à Vichy. François Lehideux emportera toutefois la dernière manche de ce bras de fer. En effet, toutes les manœuvres de cet homme aux ambitions contrariées, qui souhaitait par ailleurs se disculper du rôle trouble qu’il avait joué pendant la guerre, pesèrent très lourd dans les accusations portées contre Louis Renault à la Libération.

Pour toute référence à ce texte, merci de préciser : Laurent Dingli, « L’élimination de François Lehideux des usines Renault, juillet 1940 », louisrenault.com, février 2012. Dernière mise à jour 28 février 2012.

[1]. La thèse sera reprise après la Libération par Alexandre Parodi, le résistant se faisant l’avocat inespéré de l’ancien ministre du maréchal Pétain…

note_renault_lehideux_22_7_1940_1 note_renault_lehideux_22_7_1940_2note_renault_lehideux_7_1940_1 note_renault_lehideux_7_1940_2 note_renault_lehideux_7_1940_3 note_renault_lehideux_7_1940_4 note_renault_lehideux_7_1940_5

Entretien filmé avec Roger Lézy – (3 sur 3), 8 février 2012

Carte d'identité de Roger Lézy et ci-contre, son père, Marcel, employé aux usines Renault de 1930 à 1964 © Famille Lézy - Droits réservés

Carte d’identité de Roger Lézy © Famille Lézy – Droits réservés

et ci-contre, son père, Marcel, employé aux usines Renault de 1930 à 1964 © Famille Lézy - Droits réservés

Marcel Lézy, employé aux usines Renault de 1930 à 1964 © Famille Lézy – Droits réservés

Le témoignage filmé de Roger Lézy, ancien de Renault (1951-1991) sur l’histoire de l’entreprise automobile pendant la guerre et l’immédiat après-guerre est captivant, non seulement en raison des sujets traités mais aussi parce que Roger Lézy, personnage jovial, à la gouaille de titi parisien, possède un talent de conteur. Cette première partie évoque son histoire familiale, celle de son père, entré chez Renault en 1929 ou 1930, employé dans le service administratif du résistant Robert de Longcamp pendant l’Occupation ; sa propre carrière alors qu’il intègre l’usine comme simple ouvrier ; puis la sécurité sur les machines et les accidents du travail dus au manque de précaution des utilisateurs, parfois à la vétusté du matériel, mais aussi à l’intensification des cadences dont la direction (Louis Renault puis les différents P-DG de la Régie nationale) sont responsables. En parcourant les Notices biographiques Renault, on est frappé par le nombre d’accidents mortels survenus au cours de l’après-guerre, d’autant plus qu’ils ne touchent pas de jeunes recrues inexpérimentées, mais souvent des ouvriers habitués au fonctionnement des machines. Le surmenage dû aux privations de cette période est une explication plausible parmi toutes celles que nous avons citées.


Histoire Renault – Entretien avec Roger Lézy… par Boulogne-Billancourt

Entretien avec Roger Lézy – Première partie

jacques_roger_lezy_1942

De gauche à droite, Jacques et Roger Lézy au camp de vacance de Saint-Pierre-lès-Nemours, en 1942 © Famille Lézy – Droits réservés

La seconde partie du témoignage de Roger Lézy évoque l’exode de juin 1940. C’est en bon ordre, sous la direction principale de François Lehideux et de René de Peyrecave qu’a été évacué le personnel des usines Renault, sur ordre du commandant de la place de Paris. Devant l’avancée foudroyante des troupes allemandes, le général Hering avait en effet déclaré la capitale, ville ouverte, le 13 juin 1940, alors que Louis Renault était parti en mission aux Etats-Unis afin d’y accélérer la production de chars pour l’armée française.

Roger Lézy nous raconte avec verve cet exode effectué depuis Billancourt jusqu’à Angoulême puis Bordeaux, à pied, en charrette, en camion et en train.

ticket_angouleme_6_1940_1

Billet de train du 16 juin 1940 © Famille Lézy – Droits réservés

Le père de Roger Lézy, Marcel, avait été affecté aux chantiers navals de Saint-Nazaire, afin, pensait-on encore, d’y poursuivre la lutte contre l’Allemagne nazie. Bien qu’il corresponde aux souvenirs d’un enfant, le témoignage de Roger Lézy a beaucoup de valeur dans la mesure où il restitue de manière toujours très vivante la vie sous l’Occupation : le camp de Saint-Pierre-lès-Nemours (Seine-et-Marne), mis en place par Renault pour accueillir les enfants du personnel, les occuper, les loger et les nourrir tant bien que mal dans une période de grande privation ; les bombardements, dont celui du 3 mars 1942, auquel le jeune Roger et sa famille purent survivre grâce aux réflexes du père, Marcel, un roubaisien qui avait connu la dureté de l’occupation allemande pendant la Grande Guerre, mais aussi grâce à la solidité de leur logement, un immeuble en béton armé construit par Renault qui servait d’abri antiaérien à l’ensemble du quartier.


Histoire Renault – Entretien avec Roger Lézy… par Boulogne-Billancourt

Entretien avec Roger Lézy – Deuxième partie

plan_nemours_1

Camp de vacances Renault à Saint-Pierre-lès-Nemours © Famille Lézy

Dans la troisième partie Roger Lézy aborde plus particulièrement son séjour au camp de vacances Renault de Saint-Pierre-lès-Nemours en 1942 et 1943, l’avantage de pouvoir s’y nourrir correctement à une époque où topinambours, rutabagas et « café » constitué de glands moulus constituaient l’ordinaire. Il évoque, entre autres, la présence de Bernard Vernier-Palliez, futur P-DG des usines Renault, au camp de Saint-Pierre-lès-Nemours, puis un tout autre sujet, la concentration et la diversification des fabrications de l’entreprise. Roger Lézy a tenu a résumer quelques traits qui, selon lui, incarne l’esprit Renault, reprenant le très beau titre de l’opuscule du regretté Louis Buty, « Le coeur en losange« . Ce sont enfin différentes anecdotes concernant la Libération, l’arrivée de la 2ème DB, les combats au Pont-de-Sèvres, l’apparition du combattant Jean Gabin…


Histoire Renault – Entretien avec Roger Lézy… par Boulogne-Billancourt

Entretien avec Roger Lézy – Troisième et dernière partie

Entretien filmé avec Paul-Henri Détrie (2 sur 2), 7 février 2012

Paul-Henri Détrie, moniteur au camp de vacances Renault de Saint-Pierre-lès-Nemours, en 1942 © Paul-Henri Détrie

Paul-Henri Détrie, moniteur au camp de vacances Renault de Saint-Pierre-lès-Nemours, en 1942 © Paul-Henri Détrie

A près de 92 ans, Paul-Henri Détrie a eu l’amabilité de nous recevoir pour évoquer son emploi chez Renault de 1942 à 1945.

Petit-fils du général Paul Alexandre Détrie, fils du général Paul Détrie – qui s’était illustré pendant la Grande Guerre – le jeune homme ne s’est pas orienté vers la carrière militaire. Après avoir effectué des études secondaires à Bayonne, il passe sans succès à deux reprises le concours d’entrée à Saint-Cyr (1938-1940). Depuis son arrivée à Paris, il a intégré la « Réunion des étudiants », la célèbre maison des pères maristes du 104 de la rue Vaugirard, fréquentée notamment par François Mauriac, les frères Henri et Jean Guitton, François Mitterrand et André Béttancourt… A Science-Po (octobre 1940), il fait la connaissance de Bernard Vernier-Palliez, futur P-DG des usines Renault. Paul-Henri Détrie y reçoit l’enseignement de professeurs prestigieux tels que le célèbre historien Pierre Renouvin, amputé  d’un bras pendant la Grande Guerre, et l’historien, géographe et sociologue André Siegfried. Sous l’influence de la « Réunion des étudiants, il rejoint les équipes sociales de Robert Garric à propos duquel Simone de Beauvoir écrivit dans ses Mémoires: « Garric parut. J’oubliai tout le reste et moi-même. L’autorité de sa voix me subjugua. A vingt ans, nous expliqua-t-il, il avait découvert dans les tranchées la joie d’une camaraderie qui supprimait les barrières sociales, niait toutes les limites et toutes les séparations ; sortir de ma classe, sortir de ma peau, ce mot d’ordre m’électrisa ; il faut que ma vie serve ; il faut donc que dans ma vie tout serve ». André Maurrois dira que les équipes sociales de Robert Garric était un « mouvement qui faisait de jeunes intellectuels des missionnaires de la culture parmi le peuple français, non plus sous la forme trop oratoire des universités populaires, mais sous celle plus humaine de petits cercles de dix à douze membres…». A propos de sa formation, Paul-Henri Détrie cite deux travaux de référence : « Le rôle social de l’officier », célèbre article de Lyautey paru dans la Revue des deux Mondes en 1891 et « Le rôle social de l’ingénieur: scènes de la vie d’usine », publié en 1932 par Georges Lamirand.


Histoire Renault – Entretien avec Paul-Henri… par Boulogne-Billancourt

Entretien avec Paul-Henri Détrie – Première partie

L'immeuble en face du domicile de Paul-Henri Détrie, 122 avenue Murat, touché par le bombardement du 15 septembre 1943. © Paul-Henri Détrie

L’immeuble en face du domicile de Paul-Henri Détrie, 122 avenue Murat, touché par le bombardement du 15 septembre 1943. © Paul-Henri Détrie

C’est par l’intermédiaire d’André Conquet (1), sous-directeur puis directeur de l’école professionnel Renault qu’il est tout d’abord recruté (avec Bernard Vernier-Palliez) en 1941 comme moniteur du camp de vacances Renault de Saint-Pierre-lès-Nemours. A ce titre, il y anime différentes activités, dont des jeux et des ateliers de théâtre. Distingué par Robert Guillemard, il intègre alors l’usine comme employé au secrétariat de la Direction du personnel et des services sociaux (à ne pas confondre avec la Direction du personnel proprement dite). Ses fonctions ne seront pas très précises puisqu’on le voit aussi bien apporter des musettes aux membres du personnel partant pour le S.T.O. que prévenir la famille d’une victime d’un bombardement.

Les moniteurs du camp de vacances Renault de Saint-Pierre-lès-Nemours. Paul-Henri Détrie est au centre. Légèrement sur la droite, les deux jeunes hommes de grande taille sont, au premier plan, Bernard Vernier-Palliez (avec la corne en bandoulière), futur P-DG des usines Renault et, un peu en retrait, Jean Myon (celui qui sourit), futur cadre dirigeant de l'entreprise © Paul-Henri Détrie

Les moniteurs du camp de vacances Renault de Saint-Pierre-lès-Nemours. Paul-Henri Détrie est au centre. Légèrement sur la droite, les deux jeunes hommes de grande taille sont, au premier plan, Bernard Vernier-Palliez (avec la corne en bandoulière), futur P-DG des usines Renault et, un peu en retrait, Jean Myon (celui qui sourit), futur cadre dirigeant de l’entreprise © Paul-Henri Détrie

Après un voyage mouvementé à Bayonne en juin 1944, le jeune père de famille réintègre une

Cette photo de mauvaise qualité a été prise par Paul-Henri Détrie sur la terrasse des Chams Elysées, le 25 août 1944, alors qu'il se trouvait à côté de Louis Renault. © Paul-Henri Détrie

Cette photo de mauvaise qualité a été prise par Paul-Henri Détrie sur la terrasse des Chams Elysées, le 25 août 1944, alors qu’il se trouvait à côté de Louis Renault. © Paul-Henri Détrie

usine sans activité. Il assiste à la Libération de Paris et surtout, il se trouve le 25 août, côte à côte avec Louis Renault sur la terrasse du magasin Renault, 53 avenue des Champs Elysées, pour assister au défilé mené par le général de Gaulle. Le grand patron, qu’il n’avait jamais approché d’aussi près, applaudissait et semblait heureux. Il n’avait plus que deux mois à vivre.

Paul-Henri Détrie donnera sa démission de l’usine en avril 1945, suite au départ de Robert Guillemard.


Histoire Renault – Entretien avec Paul-Henri… par Boulogne-Billancourt

Entretien avec Paul-Henri Détrie – Deuxième partie

(1) « En janvier 1943, Félix Gourdou laisse la direction de l’école à André Conquet, qui en était le Directeur-Adjoint depuis août 1940. André Conquet est ingénieur diplômé de l’Ecole Centrale des Arts et Manufacture. Depuis 1936, il est affecté au secrétariat particulier de Louis Renault. En 1938, il crée la bibliothèque des apprentis. André Conquet souhaite ardemment depuis 1942 la création d’un département de l’enseignement pour créer un « climat d’éducation » afin d’augmenter « la moralité du travail dans les usines ». Son influence est alors importante pour ce qui est de la définition des orientations de l’entreprise en matière de politique sociale. De 1942 à 1946, il est membre des commissions « Jeunesse », « Formation professionnelle » et « Loisirs et culture » du Comité social. Conquet pense qu’il appartient à l’école « d’adapter ce qui a été fait pour les jeunes bourgeois à la mentalité de la classe ouvrière, et qu’il ne pourra en sortir que du bien. » (Conquet, 1942). Dans son projet, Conquet propose de faire de l’école un lieu de formation professionnelle, mais surtout un endroit spécifique où les apprentis pourraient développer des qualités artistiques. Il croit qu' »il ne peut en sortir qu’une meilleure compréhension de la culture humaine, et surtout de l’évasion vers des plaisirs plus sains que ceux qu’ont connus ou connaissent encore leurs aînés. « . Pour ce faire, Conquet crée dans l’école des sections de peinture, de chant, de musique, de théatre, de construction de modèles réduits. Il instaure pour tous les apprentis l’obligation de partir en colonie de vacances une fois par an, toujours dans l’esprit de développer chez les apprentis une mentalité propre : « Nous comptons personnellement beaucoup sur la colonie de vacances, bien que l’ambiance qu’on y crée se perde très vite au contact de la vie de l’atelier. ». On peut penser que l’objectif de ce programme est destiné à affirmer la distinction d’un groupe spécifique, les apprentis de l’école, par rapport à un ensemble social plus large, les ouvriers de l’usine. La fonction de toutes ces initiatives est de donner, en transmettant de nouvelles conduites, une marque particulière à un groupe minoritaire en développant chez lui un style de vie propre (Elias, 1985) ». Emmanuel Quenson, L’école d’entreprise Renault 1919-1989. Lire l’ensemble de l’article sur le site gerpsia.org.
Plan du camp de vacances Renault de Saint-Pierre-lès-Nemours © Paul-Henri Détrie

Cantine du camp de vacances Renault de Saint-Pierre-lès-Nemours © Paul-Henri Détrie

Camp de vacances Renault de Saint-Pierre-lès-Nemours © Paul-Henri Détrie

Paul-Henri Détrie au camp de vacances Renault de Saint-Pierre-lès-Nemours © Paul-Henri Détrie

Pour toute référence à ce texte, merci de préciser : Laurent Dingli, « Entretien filmé avec Paul-Henri Détrie du 7 février 2012 », louisrenault.com, février 2012

Dernière mise à jour : 6 avril 2012