Louis Renault au président Franklin D. Roosevelt, (fin mai/début juin 1940)

Source : Archives privées Renault

Monsieur le Président,

Le Gouvernement français m’a demandé de venir aux Etats-Unis en mission technique, pour tâcher de faire accélérer la construction de certains matériels qui se révèlent indispensables à la défense de notre Pays ; or, je connais les habitudes des Industriels américains : ils ne lancent leurs fabrications en grande série que lorsqu’ils ont minutieusement étudié et mis au point leur outillage ; cette façon de procéder, qui se révèle comme donnant les meilleurs résultats pour les fabrications du temps de paix, ne cadrent malheureusement pas avec nos besoins immédiats.

Vous n’ignorez pas, en effet, de quels matériels puissants sont dotées les Armées qui envahissent le Nord de la France ; nous avons la conviction qu’avec nos moyens actuels, nous pouvons briser leur élan, mais la victoire finale est notre but, et pour cela, il nous faudra pouvoir mettre en ligne, dès les premiers mois de 1941, et par conséquent recevoir dès la fin de cette année, des matériels blindés en très grand nombre ; l’Industrie française, privée de ses Départements industriels, n’est pas à même de les construire en quantité suffisante.

C’est pour cela, Monsieur le Président, que nous nous tournons vers vous ; vous avez déjà, à maintes reprises, prouvé au monde que vous placiez au-dessus de tout votre idéal de liberté et de civilisation. Cet idéal est aussi le nôtre et il n’a pas dépendu de nous, vous le savez, que la France ne soit plus en paix. Ce qui se passe aujourd’hui en Europe dépasse les limites de ce continent ; c’est le monde entier qui, demain, sera menacé si nous n’arrivons pas à terrasser l’agresseur.

Et pour cela, il faut que vous nous aidiez. Nos soldats, qui ont déjà donné tant de preuves de leur héroïsme, acceptent de continuer à se sacrifier pour la liberté commune ; mais votre matériel leur est indispensable, et il est indispensable qu’ils le reçoivent rapidement.

De la réponse que je recevrai des Industriels américains dépendra le sort de la partie qui se jouera en 1941 ; connaissant la très grande influence que vous exercez sur toutes les forces vives de ce Pays, je ne doute pas, Monsieur le Président, de pouvoir, avec votre aide, accomplir ma mission.

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