Alfred Asselot

De droite à gauche, le Président Auriol, deux personnes inconnues, Alfred Asselot et Emile Mathis. Document aimablement communiqué par M. Pierre Asselot © Archives privées famille Asselot.

Alfred Eugène Asselot (1901-1973)

Ingénieur civil de l’Aéronautique et dirigeant de sociétés. Alfred Asselot est né le 18 septembre 1901 à Châlons (Marne), fils de René Fernand Eugène Asselot, comptable, âgé de 23 ans, et de Emma Joséphine Hortense Faudot, son épouse, sans profession, âgée de 21 ans ; décédé à Chouzé-sur-Loire (Indre-et-Loire) le 30 mars 1973.

Appartenant à la classe 1923 (recrutement de Montpellier), il fut lieutenant de réserve, non pensionné ni décoré ; marié à Paris 15ème, le 4 août 1928 à Georgette Marguerite Legros, avec laquelle il eut deux enfants (des jumeaux âgés de 11 ans en 1945). Il demeura 4, rue Brown-Séquard à Paris (15ème), puis, à partir de 1938, 10, rue Erlanger à Paris (16ème) dans un appartement au loyer annuel de 15 à 20 000 francs environ (son revenu annuel était de 360 000 francs sous l’Occupation). Lors de son séjour à Saint-Nazaire, il résida 27 avenue de la Vera Cruz. Ingénieur des Arts et Métiers (Aix-en-Provence), promotion 1919-1922, classé 9ème sur 92 élèves. Ingénieur de l’École nationale supérieure de l’Aéronautique, promotion 1922-1923, classé 3ème sur 84 élèves. Breveté mécanicien de l’École de Bordeaux en 1924, major de sa promotion, promu au grade de sous-lieutenant de réserve à l’École d’application de l’Aéronautique de Versailles en juin 1924, n° 2 de la promotion. Affecté comme sous-lieutenant technicien au Centre d’études de l’Aéronautique à Villacoublay du 1er au 31 juillet 1924, il fut versé au 3ème groupe d’ouvriers d’aéronautique (JORF du 8 février 1925) puis nommé lieutenant de réserve en 1927. Il suivit les cours de perfectionnement des officiers de réserve de l’École de Nantes de 1928 à 1937. A la déclaration de guerre, en 1939, il fut affecté spécial au titre du tableau 3 par décision ministérielle du 2 mars 1939, 2ème Région aérienne, comme directeur général de la Société des Avions Caudron à Issy-les-Moulineaux.

Publicité Caudron-Renault © BNF

Du 1er janvier 1925 au 30 juin 1928, Alfred Asselot occupa à la Société des Avions Hanriot le poste de chef du bureau de dessins des fabrications en série, promu ensuite chef des services des fabrications de série : il assura ainsi la production de plus de 300 avions de type Hanriot école et sanitaire, 100 appareils Potez d’observation, de 30 Dewoitine de chasse, etc. Il travailla à la Société des Ateliers et chantiers de la Loire à Saint-Nazaire du 1er juillet 1928 au 30 novembre 1937. En 1930, il était employé comme ingénieur responsable des avions au bureau d’études et à l’atelier de fabrication des prototypes de la société alors confiés au Lorientais Yves Jan-Kerguistel, ancien pilote de l’aviation maritime, qui avait travaillé au CEPA de Saint-Raphaël à la fin de la Grande Guerre. Asselot créa presque entièrement le département Aviation qui fut incorporé en 1935 au groupement aéronautique Loire-Nieuport, puis nationalisé le 16 janvier 1937, pour être intégré à la Société nationale des constructions aéronautiques de l’Ouest (SNCAO). Comme ingénieur en chef de ce département, Asselot créa notamment l’avion colonial Loire 10, appareil prototype commandé par le ministère de l’Air ; l’avion de reconnaissance Loire 30, appareil prototype trimoteur et l’avion de chasse Loire 46, commandés par le même ministère. On lui doit également l’adoption des structures en poutre de Warren pour les principaux éléments du monoplan colonial Loire XI. Il fut maintenu au poste de directeur de l’usine de Saint-Nazaire au moment de la nationalisation. Du 1er décembre 1937 au 26 septembre 1944 il exerça les fonctions de directeur général de la Société des Avions Caudron à Issy-les-Moulineaux et de la Société des moteurs Renault pour l’aviation à Boulogne-Billancourt, dès sa création en mai 1938. Il n’était pas membre du conseil d’administration des ces deux filiales aéronautiques de Renault et ne possédait qu’une cinquantaine d’actions de chacune d’elles (sur un total de 88 675 pour Caudron, début 1944, et de 19 830 pour la SMRA à la même date).

Avion Loire 46 © Wikipedia

Au cours de sa carrière, Alfred Asselot eut parfois des relations difficiles avec une partie de son personnel, notamment lors des grèves du 24 novembre 1938 organisées par la Fédération des Métaux-CGT pour protester contre les décrets-lois Reynaud. En 1935, alors qu’il dirigeait les usines de Loire-Aviation, il dut faire face à un important mouvement de grève, les ouvriers protestant contre l’attitude d’un contremaître, M. Pasquat, qui avait provoqué le renvoi de plusieurs de leurs camarades. Suite à une entrevue avec les représentants des grévistes, Alfred Asselot décida d’effectuer un lock-out de l’usine le temps de trouver une nouvelle place pour son contremaître. Membre de l’Aéro-Club (au moins depuis 1927), de l’Association des officiers de réserve de l’Aéronautique (au moins depuis 1931) et de l’association Les Vieilles Tiges, il célébra à ce titre en avril 1939 l’exploit des pilotes Martinet et Klein qui venaient d’effectuer le voyage Nouméa-Le Bourget.

Chez Caudron-Renault, Alfred Asselot supervisa la mise au point de prototypes d’avions de chasse pour la défense nationale, dirigeant notamment les essais du pilote René Delmotte et les travaux de l’ingénieur Marcel Riffard avec lequel il devait entrer en conflit au début de l’été 1940.

Avions C-440 (Goéland) alignés sur le terrain d’Issy-les-Moulineaux en juin 1940 © Archives privées Gérard Bousquet – Tous droits réservés

Officiers allemands en juillet 1943, sans doute lors d’une visite des usines Caudron-Renault, cette photographie fut envoyée par le ministère de la Justice au juge d’instruction à la Libération © Archives Nationales

C’est Asselot qui organisa le repli des sociétés Caudron et SMRA vers Patay, dans le Loiret, au moment de l’exode de juin 1940. Il devint directeur général de la Société des avions Caudron et de la Société des moteurs Renault pour l’Aviation (SMRA) en décembre 1940, par délégation du P-DG, René de Peyrecave, suivant la législation sur les entreprises mise en place par le gouvernement de Vichy. Alfred Asselot fut arrêté le 26 septembre 1944 pour menées antinationales et interné à Drancy avec le directeur administratif, Lucien Ménard. Entretemps, le 18 septembre, Maurice Brunet était nommé administrateur provisoire de Caudron-Renault et de la SMRA par arrêté du ministre de l’Air, Charles Tillon. Alfred Asselot fut inculpé d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État dans le cadre de deux procédures différentes, l’une contre x, concernait la direction des deux filiales aéronautiques de Renault [Réquisitoire introductif du 11 septembre 1944 et réquisitoire supplétif du 11 avril 1948], et la seconde, dirigée de manière nominale contre Alfred Asselot, Paul Ruelle, chef du personnel de Caudron-Renault, et Lucien Ménard, avait trait notamment à l’arrestation de deux jeunes militants communistes dont l’un fut déporté et décéda à Auschwitz. Alfred Asselot fut incarcéré le 29 janvier 1945 au Fort de Charenton (annexe de Fresnes) et remis en liberté, le 29 mars suivant, deux jours après le classement de la seconde procédure. Tout au long de la première instruction (contre x), qui dura près de cinq ans, l’inculpé fut défendu par Me Chresteil, 57, avenue Kléber, Me Feillet et, à partir du 1er mai 1948, Me Deustch, 24 rue de Berri à Paris. L’instruction fut menée par les juges Marcel Martin puis Jean Drappier et Nicolas de Villedary devant lequel Alfred Asselot comparut pour la première fois le 23 avril 1948. Les trois griefs principaux pesant sur les co-inculpés René de Peyrecave et Alfred Asselot étaient la non-destruction des avions Goéland abandonnés sur le terrain d’Issy-les-Moulineaux lors de la débâcle de juin 1940, la finition des appareils fabriqués pour la défense nationale française pour le compte des autorités d’occupation et enfin la prise en charge à partir de décembre 1943 de la direction technique des entreprises françaises qui travaillaient pour la société allemande Siebel (c’est-à-dire, à part Caudron-Renault, la SNCAC et la SNCASO). Alfred Asselot et René de Peyrecave obtinrent un non-lieu de la cour de Justice de la Seine le 30 avril 1949. Par ailleurs, une procédure fut menée contre Asselot par le comité régional interprofessionnel d’épuration dans les entreprises de la Seine dont la section Aéronautique suggéra successivement la relaxe de l’inculpé (16 mai 1945), son renvoi de l’entreprise (10 juillet) puis l’interdiction d’occuper un poste de commandement dans la profession, de faire partie de conseils d’administration ou de comités de surveillance (24 juillet). Le comité se rangea à ce dernier avis qu’il aggrava par la proposition de publier la condamnation dans quatre journaux (21 novembre), avis qui fut lui-même repris par l’arrêté préfectoral du 21 novembre 1945. Enfin, suite à une demande de révision, l’arrêté préfectoral  du 31 janvier 1948 mit fin aux interdictions de commandement dans la profession.

L’état-major parisien de Sud-Aviation © Aviation Magazine 15 avril 1958

Après la Libération, Alfred Asselot travailla pour Mathis-Aviation, la SNCASO et enfin Sud-Aviation dont il fut nommé directeur général de la Production en 1957. Dix ans plus tard, il y travailla, brièvement sous la direction de Maurice Papon (janvier 1967-août 1968), avec l’ingénieur Louis Giusta, alors directeur général, et André Turcat, directeur des essais en vol, au projet franco-britannique qui allait déboucher sur le Concorde.

Sources : AD Marne-État civil (1901) 2 E 119/161 n° 409. ADP 102 W 9 dossier Alfred Asselot. Ministère public c/x (Société Caudron-Renault – SMRA). AN Z/6NL/2 dossier 9 et Ministère public c/Alfred Asselot, Paul Ruelle et Lucien Ménard AN Z/6NL/215 dossier 5077. JORF du 8 février 1925, p. 1535 ; Annuaire des Grands cercles, 1er janvier 1927, p. 303 ; L’Air, 1er septembre 1928 et 20 avril 1929 ; Annuaire de l’Aéronautique, 1er janvier 1931, p. 10 ; Les Ailes, n° 569 du 12 mai 1932, p. 3 ; L’Ouest-Éclair, 29 octobre 1935 ; Ce Soir, jeudi 28 septembre 1944 ; France-Aviation, 1er janvier 1957, p. 6. BNF ; Aeroplane & Commercial Aviation News, Vol. 113, 1967, p. 20. Kenneth Owen, Concorde – New Shape in the sky, 1982 p. 57 ; Gilbert Hatry dir., Notices biographiques, T. I, 1991. Thierry Le Roy, Les Bretons et l’Aéronautique des origines à nos jours, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2002, p. 344. Laurent Dingli, Louis Renault, Paris, Flammarion, 2000, Ibid., Entreprises dans la tourmente. Renault, Peugeot (1936-1940), Tours, Presses universitaires François Rabelais, 2018. Ibid., Industrie en guerre (1936-1947), à paraître et dans le Maitron: Notice PAULIN André, Paul, Maurice par Laurent Dingli, version mise en ligne le 12 mars 2020, dernière modification le 13 mars 2020.

“Caravelle” © Aviation Magazine 15 avril 1958

Pour toute référence à ce texte, merci de préciser : Laurent Dingli, “Alfred Asselot (1901-1973), louisrenault.com, 15 octobre 2020. Dernière modification : 19 octobre 2020.

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