Rapport médico-légal des docteurs Michon et Perard du 17 octobre 1944

Source : A.N. Z 6NL 9

Nous soussignés, Docteurs Michon, Perard, Médecins-Experts près le Tribunal Civil de la Seine, commis par ordonnance de Monsieur le Juge d’Instruction M. Martin, en date du 14 octobre 1944, ainsi conçue :

« Vu la procédure commencée contre Renault Louis, détenu, en observation au point de vue psychiatrique à la maison spéciale de santé de Neuilly-sur-Marne, inculpé d’atteinte à la Sûreté Extérieure de l’Etat,

« Attendu la nécessité de constater judiciairement l’état où se trouve en ce moment le sieur Renault, dire quel est cet état, quels soins il nécessite et si ces soins peuvent lui être donnés à la maison de santé de Neuilly-s/Marne. Dans la négative ils indiqueront dans quel établissement compatible avec le maintien en observation psychiatrique, le maintien sous mandat de Justice pourrait être placé le sieur Renault ».

A la demande de M. Martin, Juge d’Instruction… le Docteur Louis Michon, Chirurgien de l’hôpital Saint-Louis, membre de l’Académie de chirurgie, Expert près les Tribunaux et le Docteur Perard, Ancien Chef de Clinique à la Faculté, Expert près les Tribunaux, ont examiné le 17 octobre 1944, Monsieur Louis Renault, hospitalisé à la Clinique des Frères de Saint-Jean-de-Dieu 19, rue Oudinot.

Examen du malade. Monsieur Louis Renault nous est apparu comme étant dans un état très grave. Il est dans le subcoma, ne réagissant aucunement aux questions qu’on lui pose.

Son chirurgien traitant, le Docteur Marion, avait mis en place (une sonde) urétrale à demeure ; depuis ce matin l’oligurie est très accentuée ; l’urine recueillie en petite quantité est très sanglante.

Le toucher rectal révèle un adénome prostatique de moyen volume.

Les reins ne sont pas perceptibles à la palpation.

Ces phénomènes locaux s’accompagnent d’une très grave atteinte de l’état général ; la température était ce matin à 39° ; la langue est sèche, rôtie.

Examen des pièces jointes. Nous avons eu communication :

1°) du rapport médico-légal du Docteur Paul Abely concluant que l’état actuel de Monsieur Louis Renault ne motive pas son départ de la maison de santé où il réside.

2°) un certificat du Docteur Henri Marion en date du 14 octobre 1944 insistant sur la nécessité du transport en Maison de Santé chirurgicale pour soins urologiques urgents.

Conclusions. Monsieur Louis Renault est dans un état très grave ; sa vie est immédiatement en danger. Il s’agit très vraisemblablement d’une pyélonéphrite au stade ultime chez un malade présentant de longue date des troubles prostatiques pour lesquels il était soigné par le Professeur Marion et le Docteur Marion.

Son maintien en maison de santé chirurgicale sous surveillance d’un chirurgien urologue est absolument indispensable.

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