L’Humanité, 22 août 1944

huma_22_8_44JUSTICE
contre les traîtres et les profiteurs de la trahison

huma_22_8_44_extraitDe la France martyrisée s’élève maintenant un appel irrésistible la punition des responsables de la défaite. Notre, grand journal continue le combat qu’il n’a cessé de mener contre les hommes des trusts. Il sera l’interprète de la France entière qui porte accusation contre eux.

Elle les accuse de haute trahison parce que, maîtres de l’économie nationale depuis plus de 50 ans, ils ont, par soif du profit, provoqué progressivement d’affaiblissement économique, démographique, politique et militaire de notre peuple. Elle les accuse de haute trahison parce que de 1933 à 1940 ils l’ont trahie par haine des travailleurs, parce qu’ils ont saboté, les fabrications de guerre par opposition aux lois sociales, subventionné la cinquième colonne hitlérienne pour abattre la démocratie et ruiner nos alliances.

L’Humanité du 22 août 1944 © BNF

Elle les accuse de haute trahison parce que depuis 1940 ils ont partagé avec l’ennemi ses dépouilles, livré toutes ses richesses, déporté ses enfants, converti en fleuve d’or les larmes et le sang des meilleurs des Français désignés par eux aux exécuteurs.  Elle les accuse de haute trahison  parce qu’ils ne songent qu’à constituer des groupes de guerre civile, essayant de s’introduire par ruse dans les organisations de résistance, tout en subventionnant les milices fascistes.

Nous prendrons un par un les groupements de la haute industrie et de la haute finance qui ont collaboré avec l’ennemi et nous les démasquerons publiquement. Aujourd’hui, bornons-nous à citer le cas des usines Renault dont l’ignominie mérite une mention particulière.

Tous les travailleurs connaissent ce grand bagne industriel. Avant la crise de 1929 les usines Renault recrutaient des travailleurs étrangers et nord-africains pour tenter de les dresser contre les travailleurs français, elles faisaient traquer, moucharder les ouvriers organisés. Après le sabotage des lois sociales du Front Populaire, et la politique néfaste qui devait ruiner la sécurité collective et le pacte franco-soviétique seule garantie de paix pour notre pays, les usines Renault se mirent en grève. La répression s’abattit férocement sur des centaines de grévistes arrêtés et condamnés en bloc, en violation de la loi par une justice déjà tombée sous l’influence de la cinquième colonne hitlérienne.

C’était là la tentative de division et de désarmement moral. Les mêmes trusts vont jeter la France sans armes dans la guerre qu’ils n’ont rien fait pour préparer.

Renault était l’un des plus importants centres de chars et de moteurs d’avions. La France entrera en guerre sans chars et sans avions.

Mais Renault s’offre, dès 1940, à fabriquer au profit de l’ennemi. Lorsque les bombardements, de l’aviation anglo-saxonne eurent causé à cette maison une perte de 3 milliards, Vichy refusa de l’indemniser pour le motif suivant : les usines Renault ne pouvaient invoquer la force majeure ; elles n’avaient pas été réquisitionnées par l’occupant, elles s’étaient mises spontanément à la disposition des Allemands, dès  l’armistice. Ce n’est pas nous qui le disons, c’est l’Etat vichyssois lui-même !

Les dirigeants de l’usine Renault devront payer pour les soldats des Nations Unies tués, à cause de leur empressement volontaire à équiper l’ennemi; ils devront payer pour les centaines d’innocents tués dans les bombardements que leur trahison avait rendus nécessaires; ils devront payer pour les ouvriers livrés aux bourreaux.

Beaucoup des actes de trahison des trusts sont encore inconnus. C’est la tâche sacrée des patriotes, qui peuvent percer le mystère savamment entretenu, de dire la vérité au pays.

Les employés de banque et le personnel de tous les établissements recevant des dépôts d’espèces devront signaler les prête-noms des hommes des trusts, car  beaucoup ont fait ouvrir des comptes par des hommes de paille pour diminuer l’importance de leur Avoir et signaler également les augmentations de soldes créditeurs depuis juin 1940. Dans chaque secrétariat de grosse firme des renseignements, ont pu être recueillis; le personnel de ces bureaux, les ingénieurs, les fonctionnaires des Comités d’organisation et de tous les offices de répartition des matières premières apporteront eux aussi une aide précieuse au pays.

Qu’ils nous signalent les faits qu’ils connaissent. Qu’ils démasquent les comédies que ne manqueront pas de jouer les hommes des trusts qui ont misé sur deux tableaux. Qu’ils écrivent à notre grand journal.

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