Le Télégramme, 14 décembre 2011, “Affaire Louis Renault. Au tribunal et à l’écran”, par René Pérez

Capture d’écran 2015-12-28 à 16.15.09Affaire Louis Renault. Au tribunal et à l’écran

Louis Renault, le constructeur automobile, est doublement évoqué aujourd’hui. Ce matin, devant le tribunal de Paris, et ce soir, sur France 3, dans un exceptionnel portrait croisé avec André Citroën.

Faut-il réhabiliter Louis Renault? Depuis que les héritiers du constructeur ont lancé une action commune visant à la réhabilitation de leur grand-père, accusé de collaboration, le dossier agite bien des sphères. La CGT et le PCF ont lancé une pétition contre ce qu’ils considèrent comme une forme de révisionnisme, alors que les héritiers attaquent l’État dans une procédure qui va connaître sa première étape ce matin devant le tribunal de grande instance de Paris. Si les héritiers, menés par la Crozonnaise Hélène Renault-Dingli (photo ci-dessus), lancent une procédure aussi tardive, c’est qu’ils disposent paradoxalement d’un arsenal juridique dont ne bénéficiait pas le fils de Louis Renault, Jean-Louis, lorsqu’il avait introduit une requête devant la justice à la fin des années 50. La révision constitutionnelle de 2010, qui a introduit la question préalable de constitutionnalité, a ouvert un créneau dans lequel les héritiers se sont engagés. Objectif: apporter la démonstration que l’ordonnance de nationalisation de 1945, prise par le gouvernement provisoire, dirigé par le général de Gaulle, n’est pas constitutionnelle car elle a bafoué des droits fondamentaux. Leur argumentaire peut ainsi se résumer: s’il s’agit d’une nationalisation, elle aurait dû donner lieu à indemnisation; s’il s’agit d’une confiscation, elle devait résulter d’une décision de justice. Dans les deux cas, selon eux, les droits élémentaires n’ont pas été respectés, ce qui constitue «une voie de fait» d’autant plus anticonstitutionnelle qu’elle a été prise post mortem, Louis Renault, incarcéré à Fresnes, étant décédé quelques jours plus tôt sans avoir pu se défendre. Or, selon la loi, la personnalité des peines s’oppose à toute confiscation post mortem. Dans la procédure entamée, on attend une première réponse: le tribunal va-t-il se déclarer compétent ou renvoyer vers la juridiction administrative ?

Deux destins tragiques

Présentée comme une pure coïncidence, la diffusion, ce soir sur France 3, d’un document sur Louis Renault va aborder l’autre profil du constructeur automobile: celui d’un véritable génie de la mécanique, dans un document exceptionnel sous forme de portrait croisé avec l’autre surdoué français de l’automobile, André Citroën. Les deux plus grands industriels du pays ont fréquenté les mêmes bancs du lycée Condorcet, à Paris, et, plus tard, se sont livrés à une compétition acharnée. Un bras de fer industriel truffé d’inventions et de coups de publicité, dont les fameuses croisières, jaune en Asie ou noire dans les déserts d’Afrique, furent les manifestations les plus spectaculaires. Ce soir, ce film, riche de documents d’époque inédits, retrace deux destins exceptionnels et tragiques. André Citroën est mort ruiné en 1935, peu après la prise de contrôle de ses usines par Édouard Michelin, auprès duquel il s’était lourdement endetté. Louis Renault est décédé dix ans plus tard, porteur d’une marque d’infamie dont ses héritiers veulent aujourd’hui le laver.

René Perez

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