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RTL, 14 décembre 2011, « Les héritiers de Renault réclament leur part du gâteau », par Sina Mir

Capture d’écran 2015-12-28 à 16.47.12RTL, 14 décembre 2011, « Les héritiers de Renault réclament leur part du gâteau », par Sina Mir

Une bataille aussi historique que juridique s’est livrée mercredi devant le TGI de Paris, qui examinait l’affaire Louis Renault, dont les héritiers demandent réparation pour la nationalisation-sanction de la firme automobile en 1945.

« Il a été dit que cette action tendait à réhabiliter » Louis Renault (1877-1944), accusé de collaboration avec l’Allemagne nazie, a déploré devant le tribunal Me Thierry Lévy, avocat des sept petits-enfants de l’industriel qui ont attaqué l’Etat en justice.

Il n’en est rien, a-t-il affirmé, sans convaincre l’auditoire.

Les héritiers de l’industriel ont déposé une « question prioritaire de constitutionnalité » (QPC), nouveauté procédurale par laquelle ils contestent la validité de l’ordonnance de confiscation du 16 janvier 1945, prise par le gouvernement provisoire de la République française, qui avait transformé Renault en régie nationale.

Pour Me Lévy, cette ordonnance « a porté atteinte aux principes fondamentaux du droit de la propriété », la confiscation des usines Renault était une « voie de fait » et ses clients peuvent prétendre à une indemnisation.

L’avocat des héritiers a donc demandé au tribunal de transmettre leur QPC à la Cour de cassation, chargée d’en saisir ensuite le Conseil constitutionnel si elle la juge valable.

Face à lui, le ministère public, ainsi que les avocats de l’Etat et de plusieurs « intervenants volontaires », dont une fédération d’anciens déportés et le syndicat CGT-Métallurgie, ont en revanche demandé au TGI de se déclarer incompétent au nom, entre autres motifs, de la prescription. Et de ne pas transmettre la QPC.

Le tribunal rendra sa décision le 11 janvier.

(avec agences)

RFI, 12 mai 2011

Capture d’écran 2015-12-28 à 16.32.43Les descendants de l’industriel Louis Renault poursuivent l’Etat

TEMOIGNAGE – Les petits-enfants du fondateur de la marque défendent la mémoire de leur aïeul (Marie Degros (sic, pour Louis-Marie de Roux). Avocat des héritiers de Louis Renault).

Les héritiers de Louis Renault ont déposé jeudi 12 mai 2011 devant le tribunal de grande instance de Paris, une assignation. Ils contestent la légalité de la mesure de nationalisation dont a fait l’objet l’entreprise de leur aïeul en 1945. Le fondateur de la firme automobile était accusé de collaboration.

Les huit petits-enfants veulent obtenir réparation du préjudice moral et matériel qu’ils ont subi après la sanction de nationalisation de l’entreprise familiale. Au lendemain de la libération, Louis Renault avait été arrêté puis emprisonné pour collaboration avec l’ennemi. Il meurt en prison en octobre 1944 et son entreprise est nationalisée en janvier 1945.

La famille se manifeste aujourd’hui, grâce au nouveau droit sur la question prioritaire de constitutionalité, la QPC, qui permet de saisir le juge constitutionnel et de contester une disposition législative. Pour maitre Thierry Levy, avocat des héritiers, cette ordonnance de confiscation des biens est contraire aux principes du droit de la propriété. De plus la confiscation des biens post mortem est réprouvée par le droit.

Si l’ordonnance est reconnue inconstitutionnelle par le tribunal, les descendants de Louis Renault pourront réclamer des indemnités. En 1945, le capital était évalué à 240 millions de francs détenus à 98% par Louis Renault.

Au cas où la famille obtiendrait gain de cause, ça risque de coûter cher à l’Etat, c’est-à-dire aux contribuables français. Les indemnités pourraient se chiffrer en millions d’euros.

Radio Chine Internationale

Capture d’écran 2015-12-28 à 16.29.23France : les héritiers du fondateur de la firme Renault conteste la nationalisation devant le tribunal

2011-05-13 09:25:45 xinhua

Huit petits enfants de Louis Renault, fondateur de la firme, conteste devant le tribunal de grande instance de Paris la nationalisation de l’entreprise en 1945, apprend-on jeudi de source judiciaire.

La firme Renault a été nationalisée en janvier 1945 par ordonnance. Celle-ci constituait officiellement une sanction de Louis Renault durant l’occupation allemande.

Placée sous contrôle allemand, la firme avait fabriqué du matériel pour l’armée allemande. Louis Renault a été arrêté pour collaboration à la Libération et l’entreprise a été constituée en Régie nationale.

Selon Thierry Lévy, avocat des plaignants, «la confiscation des biens est contraire aux principes fondamentaux du droit de la propriété ».Mr Levy rappelle que le droit de propriété est inscrit dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

L’avocat a déposé une question prioritaire de constitutionnalité (QPC). Si le Conseil Constitutionnel approuve sa démarche, le tribunal pourra alors qualifier la nationalisation de « voie de fait », ouvrant ainsi la voie aux héritiers pour une demande d’indemnisation.

Présent, par Olivier Figueras, 14 mai 2011

present_1Réhabiliter Louis Renault ?

Un procès de l’épuration

present_2Soixante-six ans après la nationalisation, les héritiers Renault attaquent l’Etat en justice pour contester la nationalisation-sanction de 1945 de l’entreprise, taxée de collaboration, alors que ses usines avaient été réquisitionnées par la Wehrmacht. Huit héritiers du constructeur – les petits-enfants de Louis Renault – ont déposé une assignation devant le tribunal de grande Instance de Paris afin de contester l’ordonnance de confiscation du 16 janvier 1945, qui transforme l’entreprise familiale en une Régie nationale, sans que Louis Renault, décédé le 24 octobre 1944 à la prison de Fresnes, n’ait été jugé.

« On a décidé de remettre en cause la nationalisation-sanction, de façon à pouvoir enfin ouvrir le débat et pouvoir rétablir la vérité », déclare clairement Hélène Dingli-Renault.

L’ordonnance de confiscation « est contraire aux principes fondamentaux du droit de la propriété », souligne Me Thierry Lévy, qui a déposé une question prioritaire de constitutionnalité. Et si elle est inconstitutionnelle, le tribunal pourra dire que la nationalisation constituait une « voie de fait »…

Cette assignation est la conséquence du nouveau droit ouvert par l’instauration, en mars 2010, de cette question priorité de constitutionnalité, qui permet de contester devant le juge constitutionnel une disposition législative.

Leur plainte le précise, les héritiers de Louis Renault veulent voir « réparer le préjudice ayant résulté de la dépossession de l’ensemble des biens, droits et participations » de leur grand-père.

Cette indemnisation « sera utilisée, ma famille et moi-même sommes tout à fait d’accord, pour créer une fondation Louis-Renault, de façon à ce que ce nom ne soit plus honni comme il l’a été pendant soixante-dix ans », précise Hélène Dingli-Renault.

« Mon mari a eu accès à des archives inédites, le dossier de justice de Louis Renault qui est vide des faits dont on l’accusait. Il a eu accès aux dossiers de la préfecture de police de Paris, il a consulté les archives de l’entreprise, il a consulté les archives du parti communiste, et j’en passe. C’est un travail sérieux qui est inattaquable au niveau de la réalité historique », explique-t-elle, en soulignant que les détracteurs «  ne peuvent absolument pas amener la preuve de la culpabilité de Louis Renault ».

En 1959, les héritiers avaient certes été déboutés d’une demande d’indemnisation par le tribunal administratif qui avait estimé que « le transfert de propriété » édicté par l’ordonnance de 1945 « ne permet(tait) pas aux héritiers d’invoquer un droit de propriété mais un simple droit de créances ». Le tribunal avait cependant précisé qu’il ne lui revenait pas d’apprécier « ni la constitutionnalité, ni l’opportunité » de l’ordonnance de 1945.

L’année dernière en revanche, la justice avait condamné le centre de (la) mémoire d’Oradour-sur-Glane à retirer une photo montrant Louis Renault entouré d’Adolf Hitler et de Hermann Göring au salon de l’auto de Berlin en 1939, avec une légende dénonçant la collaboration de l’entreprise.

La justice leur avait donné raison, d’abord parce que la photo, censée illustrer l’Occupation, avait été prise avant-guerre ; et ensuite parce que la légende imputait à Louis Renault « une inexacte activité de fabrication de chars » pendant la guerre.

Les héritiers soulignent encore que, dans une intervention en date du 19 février 1946, le garde des sceaux Pierre-Henri Teitgen soulignait que « la personnalité des peines, instituée par la Révolution de 1789, s’oppose à des confiscations post-mortem ». Autrement dit, en cas de décès de personnes poursuivies à la Libération pour intelligence avec l’ennemi (ce qui reste à démontrer dans le cas de Louis Renault), « aucune mesure de confiscation ne peut, selon la légalité républicaine, leur être appliquée ».

Me Lévy considère ainsi que la confiscation ne pouvait être prononcée qu’après un jugement de condamnation définitif. Et il dénonce une « irrégularité grossière » par laquelle l’Etat s’est attribué « l’ensemble des droits et des biens ayant un lien avec l’exploitation des usines Renault ».

Certains n’en commencent pas moins à crier au révisionnisme. Il est vrai que les communistes n’ont sans doute aucune envie d’apprendre comment se passaient les interrogatoires que les FTP ont fait subir à Louis Renault dans sa prison.

Il est vrai que si l’on commence à ouvrir les dossiers de la Libération qui sommeillent encore, certains vont trembler dans leurs braies.

En attendant, la dénonciation de l’Epuration de 1945 (au moins en ce qui concerne Louis Renault) au nom des principes de 1789 risque d’être un grand moment. Mon père aurait apprécié.

Le Télégramme, 12 mars 2011, par René Perez

Accusé de collaboration, le constructeur automobile LouisRenault est mort en prison avant d’être jugé. Dans sa résidence de Crozon (29), commune d’origine de sa mère, Hélène Renault s’est lancée dans un difficile combat:réhabili- ter la mémoire de son grand-père. La polémique enfle.

Le 10juillet dernier, la cour d’appel de Limoges a rendu un arrêt peu banal. Elle a ordonné que soit retirée une photo figurant au Centre de mémoire d’Oradour-sur-Glane, village martyr (voir ci-contre). Qui voit-on sur cette photo? Hitler et Göring en compagnie de Louis Renault, le constructeur français, devant une automobile. Le cliché est accompagné d’une mention faisant référence à «la collaboration avec l’ennemi pendant la guerre» et à «la fabrication de chars pour les Allemands dans les usines Renault». Or, cette photo a été prise au salon de l’automobile de Berlin, le 17février1939, alors que le France et l’Allemagne sont encore en paix. Faute d’accord amiable avec le Centre de mémoire, la famille a obtenu de la justice que cette photo soit retirée, la cour estimant qu’il y a «une véritable dénaturation des faits» dans l’établissement d’un lien entre la Collaboration et ce cliché pris avant-guerre.

«Pas de chars pour les Allemands»

La cour d’appel ne se contente pas de cette décision de retrait. Elle aborde également l’affaire sur le fond en indiquant que «la décision du 30avril 1949 de classement de procédure (…) précise que «les usines Renault n’ont procédé pendant l’Occupation à aucune fabrication de chars ou chenillettes mais, dès le début de la période envisagée, elles ont été obligées d’effectuer des réparations de chars et de chenillettes de fabrication française, prises de guerre des Allemands». Cet arrêt a immédiatement provoqué un tollé du côté de la CGT et du PCF, l’historienne communiste Annie Lacroix-Riz n’hésitant pas à parler d’une forme de négationnisme du rôle du patronat durant la guerre.

Mort avant d’être jugé

À l’origine de la décision de justice, Louis et Hélène Renault, tous deux petits-enfants du constructeur. Lui à Paris, elle à Crozon (29), se sont lancés dans un combat difficile: faire réhabiliter la mémoire de leur grand-père. Dans ce qui est devenu le combat de sa vie, Hélène Renault a un soutien de poids: son époux, l’historien Laurent Dingli. Il a consacré un livre de 600pages à Louis Renault (Flammarion) démontant les accusations lancées. Il s’est précipité au-devant des Allemands? Faux, rétorque l’historien. Il est à Washington en mai-juin 40 et quand il revient, son usine est déjà occupée. Il a travaillé avec zèle pour l’occupant en lui fournissant des chars et des munitions? Faux, dit-il encore. «Sous la contrainte et le contrôle de l’occupant, il a fourni des camions militaires. Mais pas plus que ce que produisit Citroën à la même époque». Selon lui, Louis Renault était «un ennemi de classe» et une cible. Beaucoup voulaient sa perte. Il s’est de lui-même présenté à une convocation du juge, en 1944. «Lui qui était aphasique et souffrait d’urémie a été incarcéré et maltraité à la prison de Fresnes», assure l’historien. Il y meurt un mois plus tard. En 1949, le directeur général des usines Renault, René de Peyrecave, bénéficiera d’un non-lieu et d’une reconnaissance que l’usine n’a pas travaillé avec zèle pour l’occupant. Mais la mémoire de Louis Renault n’a jamais été réhabilitée malgré plusieurs tentatives.

«Mon père n’en a jamais parlé»

La décision de la cour d’appel de Limoges a conforté Hélène Renault. «J’ai trop souffert, durant ma scolarité, d’entendre dire que Louis Renault était un collabo. Mon père n’en a jamais parlé. Il était anéanti. C’est par ma mère que j’ai appris à aimer mon grand-père. C’est pour lui que je me bats». Ce combat, comme une plaie qu’on rouvre, a déjà valu de nombreuses réactions, parfois très hostiles, où le terme «nazi» a même fait son retour. «Nous savions à quoi nous attendre, assure Hélène Renault. Ce n’est pas cela qui nous fera reculer».

Le Télégramme, par René Pérez, 13 mai 2011

Capture d’écran 2015-12-28 à 16.15.09LES RENAULT ATTAQUENT L’ETAT

En 1945, les usines de Louis Renault ont été nationalisées, à tort, selon sa petite-fille Hélène, qui demeure à Crozon (ci-contre, présentant la photo de son père et, au second plan, le buste de son grand-père). Une nouvelle loi permet à la famille Renault d’attaquer l’Etat. La bataille est engagée.

Hélène Dingli © Laurent Dingli

Hélène Renault-Dingli © Laurent Dingli

Renault. La nationalisation remise en cause

La nationalisation des usines Renault, en 1945, était-elle illégale? De sa maison de Crozon (29), Hélène, la petite-fille du constructeur, entame une bataille judiciaire. En se fondant sur une nouvelle loi, évoquée récemment lors du procès Chirac.

Devant les caméras installées dans sa maison de Crozon, commune natale de sa mère, Hélène Renault l’a annoncé il y a quelques jours en exclusivité sur Tébéo, la chaîne du Télégramme: sa famille assigne l’État contre la nationalisation-sanction des usines Renault, en 1945. Cette décision du gouvernement provisoire, dirigé par le Général De Gaulle, est intervenue peu de temps après le décès en prison de LouisRenault, sans qu’un procès ait pu confirmer les accusations de collaboration lancées à son encontre, principalement par le Parti communiste français. Sur Tébéo, ce jour-là, la petite-fille du constructeur a créé la surprise mais n’a pas voulu en dire plus sur la procédure employée par elle et sa famille pour attaquer une ordonnance de nationalisation, vieille de plus de soixante ans.

«Ni décision de justice ni indemnisation»

Le voile vient d’être levé avec le dépôt d’une assignation, lundi, à Paris, par l’avocat MeThierryLévy. Hélène Renault et sa famille se fondent sur la nouvelle loi de 2010 déjà évoquée lors du procès Chirac: la question préalable de constitutionnalité qui permet de contester des lois, même promulguées avant la Constitution de 1958. Objectif: prouver que cette nationalisation n’était pas conforme car elle constitue «une voie de fait qui a bafoué les droits fondamentaux» et qu’elle ne peut constituer ni une confiscation, puisqu’il n’y a pas eu de décision de justice, ni une nationalisation, puisqu’elle n’a donné lieu à aucune indemnisation.

Un cliché retiré

Au côté de son époux, l’historien Laurent Dingli, auteur d’une volumineuse biographie de LouisRenault, la petite-fille du constructeur est à la pointe du combat lancé par sa famille. Comme nous l’avons déjà précisé (Le Télégramme du 12mars 2011), c’est une photo exposée au mémorial d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) qui a déclenché cette contre-offensive familiale. On y voyait Louis Renault au côté de Hitler et le cliché était accompagné d’une mention sur la collaboration du patronat, pendant la guerre. Il y manquait juste un détail: cette photo a été prise à Berlin, avant-guerre, lors d’un salon automobile. Donc en temps de paix. La Justice a non seulement demandé le retrait de cette photo mais a aussi indiqué que les éléments établis après-guerre ne permettaient pas de relever des faits formels de collaboration active à l’encontre des usines Renault. Un commentaire de justice qui a provoqué un tollé du côté du PCF et de la CGT. Depuis, la famille a entamé une action groupée pour une réhabilitation de la mémoire du constructeur automobile, passant maintenant par cette assignation de l’État.

Rejet en 1959

Tout le paradoxe, dans cette affaire, c’est que les petits-enfants du constructeur ont aujourd’hui un arsenal juridique dont ne disposait pas le fils de Louis Renault, Jean-Louis, père d’Hélène, lorsqu’il a introduit une instance en 1959. Le tribunal administratif et le Conseil d’État lui avaient répondu que l’ordonnance de 1945 avait force de loi, qu’elle était couverte par l’immunité législative et qu’aucun juge administratif ou judiciaire ne pouvait la remettre en cause. Depuis, non seulement la Nation s’est dotée d’un Conseil constitutionnel-qui n’existait pas après-guerre-mais la loi de mars2010 a ouvert une voie dans laquelle s’est déjà engouffré l’un des avocats de l’affaire Chirac. Avec cette question préalable de constitutionnalité, le législateur a voulu épurer l’arsenal législatif en vigueur pour écarter les lois non conformes à la Constitution, même si elles sont antérieures à celle de 1958. C’est sur cette possibilité de faire un grand saut judiciaire dans le passé que Me Lévy fonde toute la stratégie de son assignation, mettant en avant le non-respect des droits fondamentaux les plus élémentaires.

Préjudice moral

Du côté de la famille, on se garde de toute considération sur les conséquences financières de cette action pour ne mettre en avant que la réhabilitation de Louis Renault (*). Il n’empêche. Quand on détaille tous les biens et participations en lien avec les usines, confisquées en 1945 sans la moindre contrepartie, on imagine le montant éventuel des indemnisations, si la procédure aboutit un jour. Le seul préjudice moral pourrait, à lui seul, peser très lourd quand on sait que BernardTapie, dans une affaire qui fait du bruit, a obtenu plus de 40millions d’euros au titre du seul préjudice moral…

* Hier soir, la famille précisait qu’en cas d’indemnisations, une fondation Louis-Renault serait créée.

Le Télégramme, 14 décembre 2011, « Affaire Louis Renault. Au tribunal et à l’écran », par René Pérez

Capture d’écran 2015-12-28 à 16.15.09Affaire Louis Renault. Au tribunal et à l’écran

Louis Renault, le constructeur automobile, est doublement évoqué aujourd’hui. Ce matin, devant le tribunal de Paris, et ce soir, sur France 3, dans un exceptionnel portrait croisé avec André Citroën.

Faut-il réhabiliter Louis Renault? Depuis que les héritiers du constructeur ont lancé une action commune visant à la réhabilitation de leur grand-père, accusé de collaboration, le dossier agite bien des sphères. La CGT et le PCF ont lancé une pétition contre ce qu’ils considèrent comme une forme de révisionnisme, alors que les héritiers attaquent l’État dans une procédure qui va connaître sa première étape ce matin devant le tribunal de grande instance de Paris. Si les héritiers, menés par la Crozonnaise Hélène Renault-Dingli (photo ci-dessus), lancent une procédure aussi tardive, c’est qu’ils disposent paradoxalement d’un arsenal juridique dont ne bénéficiait pas le fils de Louis Renault, Jean-Louis, lorsqu’il avait introduit une requête devant la justice à la fin des années 50. La révision constitutionnelle de 2010, qui a introduit la question préalable de constitutionnalité, a ouvert un créneau dans lequel les héritiers se sont engagés. Objectif: apporter la démonstration que l’ordonnance de nationalisation de 1945, prise par le gouvernement provisoire, dirigé par le général de Gaulle, n’est pas constitutionnelle car elle a bafoué des droits fondamentaux. Leur argumentaire peut ainsi se résumer: s’il s’agit d’une nationalisation, elle aurait dû donner lieu à indemnisation; s’il s’agit d’une confiscation, elle devait résulter d’une décision de justice. Dans les deux cas, selon eux, les droits élémentaires n’ont pas été respectés, ce qui constitue «une voie de fait» d’autant plus anticonstitutionnelle qu’elle a été prise post mortem, Louis Renault, incarcéré à Fresnes, étant décédé quelques jours plus tôt sans avoir pu se défendre. Or, selon la loi, la personnalité des peines s’oppose à toute confiscation post mortem. Dans la procédure entamée, on attend une première réponse: le tribunal va-t-il se déclarer compétent ou renvoyer vers la juridiction administrative ?

Deux destins tragiques

Présentée comme une pure coïncidence, la diffusion, ce soir sur France 3, d’un document sur Louis Renault va aborder l’autre profil du constructeur automobile: celui d’un véritable génie de la mécanique, dans un document exceptionnel sous forme de portrait croisé avec l’autre surdoué français de l’automobile, André Citroën. Les deux plus grands industriels du pays ont fréquenté les mêmes bancs du lycée Condorcet, à Paris, et, plus tard, se sont livrés à une compétition acharnée. Un bras de fer industriel truffé d’inventions et de coups de publicité, dont les fameuses croisières, jaune en Asie ou noire dans les déserts d’Afrique, furent les manifestations les plus spectaculaires. Ce soir, ce film, riche de documents d’époque inédits, retrace deux destins exceptionnels et tragiques. André Citroën est mort ruiné en 1935, peu après la prise de contrôle de ses usines par Édouard Michelin, auprès duquel il s’était lourdement endetté. Louis Renault est décédé dix ans plus tard, porteur d’une marque d’infamie dont ses héritiers veulent aujourd’hui le laver.

René Perez

Le Progrès, 4 juin 2011

Capture d’écran 2015-12-28 à 16.11.43Rueil-Malmaison: le PCF débaptise la place Louis Renault

Une vingtaine de militants du PCF ont débaptisé samedi une place Louis Renault à Rueil-Malmaison pour s’opposer à la tentative de réhabilitation du constructeur automobile. Les militants ont apposé sur le panneau une affiche « Place des salariés de Renault fusillés par l’occupant 1940-1944 ».

« Louis Renault est le nom d’un collaborateur notoire qui a fait travailler ses usines pour l’occupant allemand alors que, dans le même temps, des ouvriers de Renault ont résisté et ont été fusillés au mont Valérien », a dit Marc Becquey, conseiller municipal communiste, qui a demandé en conseil municipal que la place soit débaptisée, sans succès.

« C’est une action symbolique mais il ne faut surtout pas laisser réécrire l’Histoire », a renchéri Roger Silvain, 79 ans, dont 42 passés dans les usines de Boulogne-Billancourt où il a dirigé le syndicat CGT.

Les militants entendaient protester contre la décision des petits-enfants de Louis Renault d’attaquer l’Etat en justice pour contester la nationalisation-sanction de Renault en 1945 et obtenir réparation, nouvelle étape dans une campagne de réhabilitation de l’industriel accusé de collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale.

Leur avocat, Me Thierry Lévy, a déposé une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), considérant que l’ordonnance de confiscation « est contraire aux principes fondamentaux du droit de la propriété ».

« C’est une tentative de négation de l’histoire. Louis Renault est un symbole de la collaboration industrielle », a dit Annie Lacroix-Riz, historienne spécialiste de la collaboration économique, présente sur place.

Le Populaire, La Montagne, 15 janvier 2011, par Laurent Bonilla

Capture d’écran 2015-12-28 à 16.06.24Le Centre de la Mémoire d’Oradour-sur-Glane condamné

Parmi les nombreux documents de l’exposition permanente du Centre de la Mémoire d’Oradour-sur-Glane figurait une photo représentant l’industriel Louis Renault aux côtés d’Adolf Hitler et Hermann Göring. Elle était censée illustrer la « collaboration policière et industrielle », selon les panneaux du Centre.

Elle était légendée ainsi : « Louis Renault présente un prototype à Hitler et Göring à Berlin en 1938 […] Louis Renault fabriqua des chars pour la Wehrmacht ».

Les héritiers de Louis Renault, qui se battent pour réhabiliter la mémoire du fondateur de la marque, apprennent tardivement que le centre radounaud expose cette photo (elle est présente dès l’ouverture du musée, en 1999). Ils demandent à ce qu’elle soit retirée.

« Jamais, disent-ils, Louis Renault n’a collaboré. Des chars allemands ont bien été réparés dans les ateliers Renault, mais ceux-ci avaient été réquisitionnés par l’occupant. »

Ils estiment également qu’une photo d’avant-guerre ne peut illustrer la période de l’Occupation (rappelons que la légende précisait qu’elle datait de 1938 alors qu’elle datait en fait de 1939), puisqu’à l’époque la France et l’Allemagne étaient en paix.

Pour autant, le Centre s’estime dans son bon droit et rejette la demande des Renault. Quand ces derniers assignent le Centre en référé au TGI de Limoges, ils perdent.

« La vérité historique contemporaine considère que les usines Louis Renault collaborèrent à l’effort de guerre du Reich », souligne le jugement.

Mais les Renault persistent et la cour d’appel de Limoges leur donne raison. Celle-ci estime qu’il existe un débat parmi les historiens au sujet de Louis Renault collaborateur, que « le Centre de la Mémoire a dénaturé des faits et commis une négligence grave dans la vérification des informations […], a manqué à son devoir de prudence et d’objectivité exigé de tout historien […] ».

L’arrêt stipule également qu’aucun travail historique n’infirme une décision judiciaire du 30 avril 1949 (*) disant que les usines Renault n’avaient pas fabriqué de chars ou de chenillettes mais avaient été obligées d’effectuer des réparations durant la guerre.

Le Centre a été condamné à retirer la photo et payer 2.000 euros aux plaignants. Ce qu’il a fait.

C’est Le Monde Magazine qui a révélé l’affaire.

Le sénateur haut-viennois Jean-Claude Peyronnet, président du Centre, reconnaît l’erreur de date sur la légende (« elle a échappé à tout le monde »), estime toutefois « qu’il n’y avait aucune raison de retirer la photo quand les héritiers de Renault nous l’ont demandé à l’amiable », et s’interroge : « est-ce aux juges de faire l’histoire ? Je pense que c’est plutôt aux historiens ».

Reste une question : en gardant la plus grande discrétion sur cette affaire, le Centre n’a-t-il pas perdu une occasion de faire vivre le débat historique que son président appelle de ses voeux ?

Laurent Bonilla

(*) Louis Renault, accusé de collaboration, est décédé en prison le 24 octobre 1944 à l’âge de 67 ans, un mois après son incarcération.

Le Parisien, par Roberto Cristofoli, 21 mai 2011

Capture d’écran 2015-12-28 à 16.02.17Pour eux, Louis Renault était bien « un collabo »

Trois ex-délégués CGT de Renault-Billancourt contre-attaquent après la demande de réhabilitation de Louis Renault. Selon eux, le constructeur a bien collaboré avec les nazis.

ROBERTO CRISTOFOLI | Publié le 21.05.2011, 07h00

Quand, au 20 Heures de France 2, ils découvrent dans un reportage de quatre minutes que sa famille demande la réhabilitation de Louis Renault dont les usines ont été nationalisées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour cause de collaboration, les trois compères manquent de s’étrangler.

Ex-responsables successifs de la CGT chez Renault-Billancourt entre 1967 et 1982, Aimé Albeher, Sylvain Roger et Michel Certano n’ont toujours pas digéré la demande des descendants : « Ils profitent d’une décision de la cour d’appel de Limoges qui a condamné le Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) pour avoir exposé une photographie de Louis Renault en compagnie d’Hitler au Salon de l’auto de Berlin en 1938, explique Michel Certano.

Cette démarche est monstrueuse. Même s’il n’y a jamais eu de procès, tous les historiens savent que Louis Renault a collaboré avec le régime nazi, c’est pour ça que son entreprise a été nationalisée. »

Pour tenter de contrer ce qu’ils considèrent comme « la falsification de l’histoire de l’Occupation », les trois syndicalistes organisent mardi une réunion sur ce thème à l’Assemblée nationale en présence du député André Gerin et de l’historienne Annie Lacroix-Riz. De son côté, Aimé Albeher a écrit à François Fillon et Frédéric Mitterrand pour s’insurger que l’antenne d’une chaîne de télévision du service public se soit ainsi ouverte à une possible réhabilitation de Louis Renault : « Nous n’avons eu aucune réponse pour le moment, mais nous comptons bien ne pas en rester là. » Pour soutenir la démarche, les trois hommes ont lancé une pétition qui n’en est qu’à son début.

Outre ses anciennes fonctions syndicales, Michel Certano s’occupe aussi de l’histoire des luttes et des événements. A ce titre, il affirme que la rencontre que certains ont qualifiée de « fortuite » entre Louis Renault et Hitler au Salon de Berlin en 1938 (lire ci-dessous) n’était pas la première du genre : « En fait, Louis Renault a rencontré Hitler à trois reprises dont une fois pendant deux heures en 1935. On est loin du profil de l’industriel contraint de collaborer avec l’occupant. » Pour Sylvain Roger, « c’est lui qui a donné l’ordre de réparer leurs chars, sinon pourquoi les alliés auraient-ils bombardé Billancourt à trois reprises? ».

Dans le sujet de France 2, l’historien britannique Julian Jackson considère les choses sous un autre angle à propos de la collaboration de Louis Renault : « C’est plus par choix économique que par choix idéologique » que le cofondateur de la firme au losange aurait agi. Quant à sa petite fille Hélène Dingli, elle affirme que son grand-père était « dépassé ». Près de soixante-sept ans après la mort en captivité de Louis Renault, la polémique est loin d’être refermée.

Ses petits-enfants réclament sa réhabilitation

F.C. AVEC AFP | Publié le 21.05.2011, 07h00

Ils sont sept. Sept petits-enfants de Louis Renault qui réclament depuis des années la réhabilitation du cofondateur avec ses frères de la marque au losange. Pour obtenir réparation, le 9 mai, ils ont déposé une assignation devant le TGI de Paris afin de contester l’ordonnance de confiscation du 16 janvier 1945 qui a permis de nationaliser l’entreprise au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

« Cette ordonnance est contraire aux principes fondamentaux du droit à la propriété », selon l’avocat des descendants de Louis Renault, Me Thierry Lévy, qui a déposé une question prioritaire de constitutionnalité (QPC). Ses clients demandent aujourd’hui « réparation du préjudice ayant résulté de la dépossession de l’ensemble des biens, droits et participations » de Louis Renault. Car ce dernier n’a jamais été jugé. Arrêté et incarcéré à la prison de Fresnes à la Libération pour collaboration, l’industriel est mort en détention en octobre 1944. « Ce que nous voulons avant tout, c’est rétablir la vérité », affirmait il y a quelques jours Mme Dingli-Renault, l’une des petites-filles interrogée par l’AFP, « cela fait seize ans que nous nous battons ». Cette dernière affirme que le dossier de justice concernant son grand-père « est vide des faits dont on l’accusait… Les détracteurs qui avancent des thèses fantaisistes et mensongères ne peuvent absolument pas amener la preuve de sa culpabilité ». Selon les petits-enfants de Louis Renault, ce dernier « n’a pas eu le choix ». Si ses usines ont travaillé pour les Allemands, c’est « contraint et forcé ». Quant à la fameuse photo où l’on voit le patron de Renault en compagnie d’Adolphe Hitler, au Salon de l’auto à Berlin en 1939, « c’était avant le début de la guerre, dans le cadre d’un voyage officiel »… Mme Dingli-Renault regrette que, dans les livres d’histoire, « ma nièce qui a 18 ans continue à voir Louis Renault collabo ». Et de conclure : « Il faut rétablir la vérité. »