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Ouest-France, « Chausey, passion de l’industriel Louis Renault », par Jean-René Rivoal, mercredi 30 octobre 2013

thevenin_chauseyCapture d’écran 2015-12-31 à 09.25.59Granville

Jean-Michel Thévenin présentera son livre Louis Renault et Chausey, sorti en juillet, ce mercredi au forum Jules-Ferry. L’auteur répondra aux questions du public et dédicacera son ouvrage.

Entretien

Jean-Michel Thévenin, auteur d’un second livre consacré à l’archipel normand où il a grandi

Pourquoi parler de Chausey à travers Louis Renault ?

Je me suis lancé dans un créneau qui n’avait pas encore été exploité par les nombreuses publications sur Chausey. Il y avait un trou dans la période 1920-1945 et c’est celle passée à Chausey par l’homme internationalement connu, créateur de l’entreprise multinationale.. Louis Renault y est arrivé l’été 1920 à l’instigation de son épouse qui passait ses vacances à Dinard et connaissait Chausey depuis son enfance. Il est aussitôt tombé sous le charme et a cherché à acheter ou à louer. Il n’y avait pas de maison assez grande pour lui. Il lui a alors été proposé par Marin Marie, le peintre navigateur, de restaurer la vieille forteresse construite en 1550 sous Henri III, reconstruite et redémolie plusieurs fois. En 1920, ce n’était plus que quatre morceaux de murs branlants.

Comment s’est passée la reconstruction du Vieux Fort ?

La restauration du château est un peu l’objet du livre que je démarre en présentant la carrière de l’industriel. Il a fallu mettre des moyens considérables en oeuvre pour réaliser cette performance. Cette reconstruction a été très rapide, le premier coup de pioche a été donné en janvier 1923 et à Pâques 1924, le château était habité, chauffé et éclairé. Il a fallu un peu moins de 14 mois pour finaliser cette gigantesque restauration, ce qui est une performance pour l’époque. Il n’y avait alors ni eau courante, ni électricité, ni moyens mécaniques. Il a tout emmené sur place. Il a loué à la SNCF deux wagons de chemins de fer qui arrivaient de Paris à Granville, toute la durée des travaux. Un chantier de grande ampleur : 200 ouvriers y participent, 27 millions d’anciens francs sont dépensés, 85.000 carreaux de grès et 44.000 tonnes de pierres de granit de Chausey sont nécesaires.

Y a-t-il eu des difficultés particulières ?

Le matériel qui arrivait par bateau devait ensuite être transporté au port puis chargé sur les bateaux. Ils partaient à mer haute de Granville et arrivaient à mer basse à Chausey. Il fallait alors attendre la nouvelle mer haute du soir pour pouvoir débarquer le matériel à la cale. Tout était ensuite transporté par tombereaux, tirés par des chevaux. Le bâtiment a été le premier éclairé de Chausey, grâce à un système à partir de moteur Renault. L’eau courante, chaude de surcroît, a été installée ainsi que le téléphone et le télégraphe. Il a aussi fait mettre un système de radio relié au sémaphore.

Comment se déroulait sa vie à Chausey ?

Il y venait quinze jours chaque année en août et plusieurs week-ends jusqu’en 1939. Il parvient à revenir deux fois durant la guerre, en 1942 et 1943. Son épouse était une grande mondaine, il y avait de nombreuses réceptions à chacune de leur venue. Lui, n’aimait pas beaucoup cela et préférait pour ses loisirs, le sport ou la pêche. Il aimait les bateaux mais était mauvais marin. Il en possédait deux pour lesquels il avait fait construire un hangar sur place et avait toute une flotte de petits bateaux. Mon grand-père installé à Chausey, était le chef de la flotte de pêche de Renault. Il était aussi un des premiers personnages à rencontrer Louis Renault sur l’île en 1920.

Jean-René RIVOAL